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la terre


On aurait tort aujourd'hui, de ne pas reconnaître dans l'immédiat, les émules de Rodin, Camille Claudel, de Bourdelle, Maillol et quelques autres...
Même s'ils ne se révèlent pas à la lumière des mêmes astres, un sang draine dans leurs poignets et leurs mains en étoile, la folie créatrice empruntée à leurs pairs.

Yves Pirès magnifie la terre. Rendre hommage à celle qui donne la vie et accueille la mort n'est pas à l'origine de son acte. Disons qu'il décline la terre en la personnifiant, en lui donnant un corps, son âme et cent autres figures.
Il la pétrit, la façonne, la scarifie, lui pose ses stigmates et sans doute la caresse-t-il, à la manière de ces "Fils du Sud" dont il a les gènes. Ensuite seulement, il l'observera, comme le visage de l'être aimé après l'amour. De la terre palpée entre les doigts du sculpteur à l'éloge des sens, il n'est point de frontière.

Yves Pirès est aussi de ceux qui transcendent le désir dans cet acte de foi entre la matière révélatrice de ses fantasmes et ses gestes amants qui sacralisent l'énigme du beau.
L'éloge de la grâce, de la féminité, cette évanescence suprême ainsi que le peintre Balthus aimait à déifier le corps des adolescentes en les figeant sur la toile, c'est en ces termes que l'oeuvre en pleine évolution d'Yves Pirès s'illustre. J'oserai dire "à l'ombre des jeunes filles en fleur" .
Il n'invente pas, il perpétue, mais sa sensibilité est sous-jacente à chaque empreinte de son ciseau. Ses gestes s'harmonisent, s'équilibrent au fil de sa création. Il sait alors pourquoi il est Homme, animé d'émotions, pourquoi le sang s'agite autour de ses nerfs quand il devient celui qui domine les traits de sa créature piégée dans cette terre qu'épouse la main du maître.
C'est aussi dans ses accords de peau et de chair autour des muscles qu'il entrevoit les secrets d'une terre en mutation. Sculpter c'est un morceau de jazz qui mixe les éléments entre eux, pour réunir l'homme à l'espace et le mouvement avec la respiration.
Le regard du sculpteur anticipe souvent l'aura de l'oeuvre à l'état de chrysalide. Il exultera dans cette dimension, quand, la sculpture aboutie lui renverra tel un boomerang l'invitation d'un regard pour faire la pause, sans qu'aucun mot ne puisse traduire l'instant. -Pygmalion devant Galatée. La naissance de l'une et la renaissance de l'autre. Des fiançailles de terre et de chair.

Yves puise son énergie dans le silence, dans ce creuset où l'essentiel appelle davantage au langage des gestes qu'à celui des mots. Des mots il n'a pas besoin. Seules ses mains, seul son regard suffisent à traduire sa pensée en présence de qui lui est familier ou "gémellairement" sensible à ses qualités d'homme et d'artiste.
Aimer ses créations, c'est visiter l'âme du sculpteur. Et la sienne irradie une part d'amour et de paix qu'il veille à partager avec qui poussera la porte de son atelier et soulèvera un pan du voile qui témoigne du charme de sa timidité ombrageuse et indissociable de certains portraits italiens brossés par l'École Vénitienne.


Erik POULET